CAFTAN ET BRODERIE
Un des raffinements essentiels des vêtements citadins était et reste la broderie.
Les femmes en couvraient les serouals et les dessous, les châles pour envelopper leurs cheveux mouillés au sortir du bain, ecchane, les voiles pour se couvrir le visage, et suprême élégance, les pans du grand foulard qu’elles revêtaient pour se maquiller sans toucher les vêtements d’apparat.
Les pièces sur lesquelles reposaient les mains et les pieds lors de la séance du hénné étaient elles même brodés. Quelle vanité mais quel raffinement !
Il était conventionnel d’utiliser certaines couleurs plutôt que d’autres. La mariéé à Rabat avait pour habitude de confectionner dans une soie blanche ou nacrée le châle qu’elle brodait en violet et le parement pour le maquillage en turquoise lumineux. Les vêtements eux-mêmes étaient rangés par parures enveloppées de tissus légèrement brodés aux coins et aux lisières ou soutachés.
Parler encore du vêtement féminin dans les villes deviendrait fastidieux comme une nomenclature quelque soit le don à en souligner la facture, l’originalité et la beauté.
Du reste, chaque costume citadin pourrait faire à lui seul l’objet d’un opuscule ou d’un ouvrage.
Si l’on sait que pour le seul détail d’un vêtement de mariée à Fès c'est-à-dire la ceinture il faudrait une étude ou pour une jarretière, merbet de Salé ou pour une écharpe de Rabat…
C’est une belle affaire de sensibilité que d’apprécier tout cela. Le lent travail des siècles, repris aux désirs et aux plaisirs que chacun a laissé au Maroc modernr des merveilles inouies qu’il s’agit ni d’égarer, ni de perdre mais de collectionner précieusement, d’étudier peut être, de s’en inspirer.
Il est difficile de clore ces propos sur les atours de la femme dans les villes sans une note de préciosité et de recherche, qui résume magnifiquement en un point toutes les variances. Il était d’usage dans les villes que les femmes se ceignent par-dessus leurs kaftans ou caftans de ceintures brochées que l’on appelle à tort ou à raison ceintures de mariées.
Ces ceintures n’ont pu être faites que lorsque le tissage de la soie au Maroc, eut atteint une très haute qualité.
C’est donc dès le 14eme siècle que l’on tissait à Fès, des vêtements et des ceintures de soie filetés d’or d’après des traditions multiples d’Espagne, de Bysance, de Venise et de Gènes, de Grèce et de Lyon, à travers ces soies séculaires.
On retrouve dans les ceintures toutes les traces de toutes les techniques et motifs des traditions précitées, enrichies de toute les inventions qui se firent jour au Maroc à telle enseigne que l’on y dénombre les détails suivants :
Polygones étoilés, et tranchés, alignements de pastilles ou besans, décor épigraphique, coufique, rectangulaire, décor typiquement géométrique arrêté de rosaces, frises brochées à décor d’inspiration florale, khamsa, décor boteh de dessins carrément persans ou hindous, motifs héraldiques, images en éventails, étoiles, dessins floraux d’inspiration européenne contemporaine à la fabrication réalisée au Maroc, M’hancha ou stylisation en volute, polygones étoilés, travail intégralement broché d’or donnant ce que l’on appelait la ceinture éclatante, motifs floraux transcendés en une parfaite abstraction stylisée.
Raconter toutes les nuances et les couleurs de ces ceintures est impossible : c’est une luxuriance débordante et toujours un appariement de coloris aussi détonnant qu’exemplaire de création artistique.
On ne se lasserait pas d’écrire ces éblouissances en les approchant de ce que toutes les plus grandes civilisations ont donné de plus magnifique à l’humanité toute entière.