Dérivé des costumes de l’Empire ottoman pour certains, réinterprétation des « drapés » romains que l’on retrouve dans le haïk traditionnel pour d’autres, le caftan (caftane ou kaftan), pièce emblématique du vestiaire féminin marocain, est riche d’une histoire millénaire aussi complexe que le travail de ses étoffes. Originellement porté par les hommes, cet habit d’apparat était alors le seul apanage des nobles. De Bagdad à Cordoue, de Damas à Istanbul, le caftan se nourrit au fil des siècles de multiples influences, jusqu’à devenir le vêtement emblématique du Royaume aux XIème et XIIème siècles. Mais il faut attendre le XVIIème siècle pour qu’il fasse son entrée dans le vestiaire féminin pour ne plus jamais le quitter. Au XIXème siècle, alors que le Maroc connaît une expansion économique retentissante, le caftan flirte pour la première fois avec le brocart lyonnais ou les soieries importées de Chine. Terrain d’expression artistique intarissable, le caftan devient dès lors indissociable des broderies ntaâ en fil d’or et Fès, de celles plus florales et multicolores de Tétouan ou encore des variations géométriques en fil de soie originaires de Rabat. Sfifa, kitane, m’ramma, darss sont les maîtres mots de ce mixage culturel unique.
Autres temps, autres mœurs, les années 50 voient la condition de la femme évoluer. Dans les rues, le tailleur et la robe occidentale prennent le pouvoir, sous l’impulsion de la libération féminine en Occident. La taille et le travail du caftan connaissent alors un profond changement. La fameuse coupe en T laisse place à toutes sortes de réinterprétations, traînes, manches kimono et formes évasées en prime.
Quant aux années 80, elles lui lèguent épaulettes, tailles cintrées et nouvelles étoffes. Taillé dans la guipure, le caftan se porte alors sur des robes fourreaux et autres jerseys de soie.
Depuis la naissance de la presse féminine marocaine et la diffusion de défilés de mode à la télévision, le secteur du caftan connaît aujourd’hui un réel regain d’intérêt. Aux côtés des grands ateliers de couture, une nouvelle vague de créateurs issus d’écoles de mode locales et internationales renouvelle l’exercice avec une créativité foisonnante, parfois même excessive, pourvu que l’on s’éloigne des modèles classiques. Et tant pis si certains côtoient non sans juste mesure l’excès. Dénaturés, surchargés, corsetés à l’excès, les caftans modernes ne sont pas exempts de déboires. Mais n’est-ce pas le lot de toutes les révolutions ?
Alors s’il ne fallait retenir que le meilleur, salons la création désormais décomplexée. L’industrie du caftan vit aujourd’hui son âge d’or. Gageons que le meilleur soit encore à venir !