LE SABAH ou La AQUIQA ou BAPTEME
On fêtait souvent la jeune femme lors de la naissance de son premier enfant comme une mariée et le baptême est plus une célébration d’elle que du nouveau né.
Ses parents ont souvent pensé à faire tout le trousseau du nouveau né et c’était toujours la grand-mère maternelle qui cousait les langes du bébé et ses petites chemises de mousseline et de baptiste.
A la naissance, après le lent travail de la mère, les festivités marquent le bonheur des femmes puisque l’accouchée a été délivrée et l’intérêt autour du bébé est d’autant plus vif qu’il est légitime l’existence même et la fonction sociale de sa génitrice.
Il faut souligner que la femme enceinte jouit déjà de la gentillesse et de la tendresse d’une multitude de personnes. Dans toute la société arabe et musulmane, la femme enceinte est l’objet d’une véritable vénération même de la part des personnes les plus habituellement insensibles.
Le corps alourdi de la femme est sacré et la fait bénéficier de toutes les immunités. Que ce soit par élan affection, par politesse, ou par un respect ému, il n’en est pas moins vrai que la grossesse provoque ce comportement doux et adouci autour de la femme gestante.
D’ailleurs à ce moment là elle a une importance majorée comme si elle prenait enfin une place à part entière.
Mais il faut ajouter que la femme enceinte, autrefois était exposée à mourir dans l’acceptation du terme de mouhoula, bin nefsaïn, littéralement prise au piège (dans un piège dangereux) ou entre deux âmes.
Il faut savoir qu’il n’y a pas bien longtemps, l’accouchement et les suites de couches étaient souvent dramatiques avant l’avènement de la médecine moderne.
« Voici une bien jolie coutume de Fès pour dénouer et dédramatiser les accouchements longs et redoutables.
Le mari de la femme en gésine allait voir le fkih au m’sid pour qu’il lui affecte quelques petits garçons. Ceux-ci tenaient largement ouvert un drap dans lequel on avait mis des œufs et ils passaient à travers les dédales de la médina en récitant les litanies de circonstances pour hâter la délivrance de la femme, les passants devaient jeter des pièces de monnaie et on considérer que l’accouchement se produisait quand tous les œufs avaient été cassés. Ailleurs on demandait également aux petits garçons du m’sid- réputés innocents et donc facilement exaucés par Dieu dans leurs prières- de prier pour hâter la délivrance d’une femme.
Ailleurs enfin c’était le vendredi, jour de la réunion de tous les hommes à la mosquée que pareille chose leur était demandée : leurs prières ardentes, souvent très émouvantes car l’occasion était très intense émotionnellement, aidaient l’enfant à naître et les mères dans leur délivrance et leur repos. »

Quoiqu’il en soit, quand tous se passait bien l’accouchement donnait lieu à un grand soulagement et une grande joie qui se fêtaient le septième jour avec beaucoup de pompe ; bien souvent la jeune accouchée est de nouveau traitée comme une mariée.
Une chose curieuse a jalonné les premiers temps de la grossesse, chose qui a pu exister pendant toute sa durée : les envies qu’il était de règle de satisfaire autant que faire se pouvait.
C’est un devoir impératif, une gentillesse et une obligation, si l’on ne désirait pas avoir un nouveau né porteur de stigmate de l’envie non satisfaite de sa mère. Donc la femme a été cajolée, privilégiée pendant toute la gestation, paraissant produire une sorte de fascination sur les autres et on a donc cédé à tous ses désirs qu’elle que soit l’incongruité ou la bizarrerie de la demande.
C’était peut être la seule période ou la femme était consacrée, bien traitée par toutes et tous, pleine de ce mystère qu’est le don qu’elle a de donner à son tour la vie.
L’accouchement est préparé dans la préoccupation du moindre détail et c’est un évènement pour la femme de devenir mère, si bien que les premières naissances ont donné lieu de très belles coutumes, variables d’une région à l’autre. Bien souvent le trousseau du nouveau-né et les préparatifs du baptême sont laissés à la charge des parents de la jeune mère : c’est l’occasion d’une procession de personnes allant de l’une à l’autre maison, chargées de tbouquas, richement couverts de broderies, plein de cadeaux, de gâteries et de bon mets.
Avant le baptême, Sabah ou sbouh, fêté le septième jour de la naissance, les voisines, les parentes très proches, les alliées les plus intimes vont venir quelques heures après l’accouchement qui se passait à domicile pour une première après midi de bon vœux, de délassement, de thé, de gâteaux et mets traditionnellement préparés pour la circonstance.
Cette après midi s’appelait taglissa, en d’autres termes, les femmes tenaient des assises dans la plus pure tradition des assemblées féminines.
A Rabat cette taglissa n’était pas uniquement une occasion de se réunir à la faveur d‘une naissance. Les raisons étaient innombrables pour la tenir, un peu pour un oui ou un non.
Cela était d’autant plus normal que les femmes accouchaient à domicile et que tout l’événement se passait entre femmes : la quabla, les grands-mères, les tantes et les vieilles dames qui étaient d’un si grand secours dans ce genre de moments. Un you-you vibrant annonçait d’une maison à l’autre le bonheur de l’évènement et un sourire de contentement éclairait le visage de cette joie viscérale interne à toute femme qui sait que l’accouchée, nfissa est hors problème.
L’enfant était assez secondaire dans ces tous premiers moments, mais sa mère fêtée, adulée, rendue majeure par l’épreuve qu’elle a vaillamment traversée.
On prend de grandes précautions pour sa santé. On a peur du froid, des courants d’air, des refroidissements. Elle est dorlotée et ne prendra un bain rituel qu’après quarante jours qui sont considéré comme un cap à dépasser. L’ombre des fièvres puerpérales est planante…
L’accouchée est sur nourrie pour aider ses relevailles et assurer l’allaitement de l’enfant, petits ragoûts, fruits secs, soupes claires ou épaisses, douceurs comme salou ou sfouf, cette bonne farine grillée enrichie de sésame, d’amande et de noix.
Lors de la fête, la jeune mère est superbement habillée d’une somptueuse takchita et fardée et c’est autour d’elle que tout se passait.
De nos jours il est de bon ton de visiter l’accouchée en clinique ; trônant sur son lit au milieu des bouquets et des plantes vertes amenés là par les visiteurs, offrant chocolats et petits four, du thé ou du café préparé à la maison ; on la croit quelque peu déplacée ici car la tradition glisse vers la modernité. Ce n’est que partie remise…On fera un petit déjeuner du baptême au cours duquel on sacrifiera le mouton, et une fête plus ou moins grandiose car cela est fonction du rang de l’enfant, de ses parents et de sa signification dans leur vie.
Certains esprits chagrins nous apprennent que l’arrivée d’une fille étaient toujours moins fêtée que celle d’un garçon, nous allons passer outre car certaine naissances de filles ont bien souvent ravi les parents, les filles ayant toujours la réputation d’être plus fidèle, plus tendre, plus proches et permanentes dans leur famille.